Le plus grand site de piratage de mangas au monde disparait pour de bon après 12 ans d’activité

Après 12 ans d’activité, le plus grand réseau de piratage de manga au monde, composé de 60 sites miroirs associés, a été définitivement fermé à la suite d’une opération coordonnée des forces de l’ordre internationales.
Plus tôt ce mois-ci, les administrateurs du site ont confirmé que Bato.to avait officiellement cessé ses activités après que son principal opérateur ait été identifié par les autorités. Bien que Kakao Entertainment ait précédemment revendiqué le lancement de la procédure de fermeture via son service anti-piratage, P.CoK, il s’avère que cette fermeture s’inscrit dans le cadre d’une opération bien plus vaste, impliquant les principaux éditeurs japonais Kadokawa Corporation, Kodansha Ltd., Shueisha Inc., Shogakukan Inc. et Square Enix Co., Ltd.. Ces derniers avaient exprimé leurs préoccupations concernant la plateforme de piratage lors d’une réunion en juillet 2024.
D’après la Content Overseas Distribution Association (CODA), son bureau de Pékin a déposé une plainte pénale en septembre 2025 devant un tribunal chinois, au nom des éditeurs de manga japonais et avec le soutien de China Literature Limited (filiale de Tencent), dont les propres œuvres étaient illégalement diffusées sur la plateforme.
L’arrestation de l’opérateur principal

Le 19 novembre 2025, le Bureau de la sécurité publique de Shanghai a perquisitionné le domicile d’un suspect dans la région autonome Zhuang du Guangxi. Après son arrestation, l’individu a avoué être l’opérateur central du réseau Bato.to, incluant les sites xbato.com et mangapark.io, et avoir géré l’ensemble des 60 sites du réseau.
L’opérateur a été inculpé après cette vaste opération anti-piratage internationale. Le Cross-Border Enforcement Project (CBEP) de la CODA a utilisé des hackers éthiques et des renseignements open-source (OSINT) pour remonter jusqu’aux services chinois utilisés par l’opérateur, menant à la fermeture définitive du site.
« La fermeture du plus grand site de piratage de manga au monde par voie pénale est un événement extrêmement significatif pour les efforts anti-piratage transfrontaliers. Je tiens à exprimer ma profonde gratitude aux autorités chinoises, au ministère japonais de l’Économie, du Commerce et de l’Industrie, ainsi qu’à tous ceux qui ont contribué à cette affaire », a déclaré Takero Goto, directeur représentant de la CODA.
Une enquête en cours
Après l’arrestation, les autorités ont saisi les ordinateurs personnels du suspect et analysent actuellement les données des serveurs pour reconstituer la structure opérationnelle complète des sites. Bien que l’opérateur ait été arrêté, les sites ont été maintenus en activité de manière limitée pour des raisons de préservation des preuves, ce qui explique les problèmes techniques, images brisées et erreurs serveur rencontrés par les utilisateurs de Bato.to durant les deux derniers mois de 2025.
La CODA a confirmé que plusieurs individus impliqués dans la traduction et la distribution de contenu via les canaux sociaux de la plateforme se trouvent dans divers pays à travers le monde. L’organisation prévoit de poursuivre ses investigations grâce à une coopération internationale approfondie pour identifier tous les acteurs liés aux activités mondiales du réseau.
Un impact économique colossal

L’ampleur du réseau Bato.to est sans précédent : selon la CODA, les 60 sites ont enregistré 350 millions de visites en mai 2025, faisant de lui le plus grand site de piratage de manga au monde. Pendant ses mois de pointe, les revenus publicitaires de la plateforme dépassaient 400 000 RMB (environ 50 000 euros).
Sur une période de 37 mois jusqu’en octobre 2025, le réseau a cumulé 7,2 milliards de visites, entraînant un préjudice économique estimé à 770 milliards de yens (environ 4,1 milliards d’euros). L’opérateur a réussi à échapper à la détection pendant des années en utilisant le géoblocage pour empêcher l’accès depuis la Chine, créant l’illusion qu’aucune infraction domestique n’avait lieu, tout en exploitant un trafic mondial massif.
Un coup dur pour le piratage, un soulagement pour le marché légal
La CODA considère cette fermeture comme un précédent dissuasif contre les groupes de scanlation qui organisent, traduisent et distribuent illégalement des œuvres protégées à travers le monde. L’impact de la fermeture s’est immédiatement fait sentir sur le marché légal : NTT Solmare Corporation a rapporté que les ventes quotidiennes sur sa plateforme MangaPlaza, ciblant le public américain, ont presque doublé après la disparition du site pirate.
La fermeture de Bato.to est l’une des affaires de violation de copyright les plus médiatisées, après les avis DMCA massifs envoyés à Mangadex l’année dernière.





