Un mangaka avertit que trop de Shonen Jump fera du mal au monde des mangas

La marque de manga mondialement connue Shonen Jump possède et gère certaines des licences japonaises les plus emblématiques de l’histoire des médias. Si des œuvres comme Dragon Ball, One Piece et d’autres ont inspiré des millions d’artistes à se lancer dans l’industrie du manga, un illustrateur de Shonen Jump craint que ce phénomène ne finisse par entraîner le déclin du médium.
L’artiste sud-coréen Mu-jik Park, plus connu des fans de manga sous le pseudonyme Boichi, a commencé sa carrière dans le manhwa (bandes dessinées coréennes) avant de se tourner vers le manga. Chez Shonen Jump, il est surtout célèbre pour son travail sur la série de science-fiction post-apocalyptique à succès Dr. Stone.
Au fil des années, Boichi a observé une tendance qu’il juge préoccupante : une aspiration quasi universelle chez les jeunes artistes de manga à travailler pour le magazine Weekly Shonen Jump. Cependant, selon lui, beaucoup d’artistes ont perdu de vue l’élément crucial qui a fait de Shonen Jump le géant du divertissement qu’il est aujourd’hui : la diversité artistique.
Le créateur de Dr. Stone met en garde : l’obsession pour Shonen Jump pourrait nuire à la diversité de l’industrie du manga
When we look at people around the world who dream of building a manga industry, their goal is often Weekly Shōnen Jump.
As someone who is part of Shōnen Jump, I am very grateful for that.
However, if your goal is Shōnen Jump itself, you cannot build a strong and vibrant manga…— Boichi (@Boichi_Bo1) March 29, 2026
Dans un récent post sur X (anciennement Twitter), Boichi soutient que la fixation collective sur Shonen Jump risque de priver le manga de sa « diversité et de sa richesse », qui constituent sa plus grande force. « Quand on regarde les personnes à travers le monde qui rêvent de construire une industrie du manga, leur objectif est souvent Weekly Shonen Jump […] Pourtant, si votre but est Shonen Jump lui-même, vous ne pouvez pas construire une industrie du manga forte et dynamique. Car Shonen Jump n’est pas la cause de l’industrie du manga — il en est le résultat. »
Bien que Shonen Jump ait publié des centaines de titres différents au fil des décennies, ce sont généralement ses « Big Three » qui incarnent la vitrine de la marque à un moment donné. Dans les années 2000 et au début des années 2010, Bleach, One Piece et Naruto occupaient ensemble ce statut prestigieux.
Aujourd’hui, Shonen Jump met en avant une « nouvelle génération » avec Jujutsu Kaisen, Chainsaw Man et Demon Slayer: Kimetsu no Yaiba comme titres phares. Ces trois œuvres relèvent du genre fantasy surnaturel et privilégient des récits sombres, centrés sur les personnages, ainsi que des scènes d’action rapides et très théâtrales.
Pour Boichi, le succès des « Big Three » de Shonen Jump ne reflète pas ce qui élève le manga au-dessus des autres médias. « La véritable force [du manga] […] ne réside pas dans quelques titres à succès massifs […] Seule la compréhension de ce principe permettra à un pays de construire une industrie du manga et un véritable écosystème — et de l’utiliser pour développer puissamment son secteur culturel. »
Un modèle créatif à double tranchant
En raison de son statut iconique, Shonen Jump offre un modèle créatif que d’autres artistes cherchent à imiter. Mais cela comporte un risque majeur : les futurs artistes pourraient se contenter de reprendre les mêmes prémisses et clichés éculés que leurs prédécesseurs. « […] Si un marché atteint 1 milliard de dollars, il peut générer environ 50 000 nouvelles IP chaque année — un nombre impressionnant, a souligné Boichi. Mais pour que cela ait un vrai sens, le manga doit être diversifié. »
Il poursuit : « Si toutes les œuvres produites ressemblent à celles de Shonen Jump — en style artistique, en personnages, en thèmes, en narration ou en idées —, alors quelle est la valeur de produire 10 000, voire 50 000 œuvres de ce type chaque année ? Ce ne serait rien de moins qu’une catastrophe. »
Pour illustrer son propos sur la nécessité d’une diversité créative, Boichi évoque l’une de ses œuvres préférées de tous les temps : « C’est un manga que j’aime profondément […] un manga sur l’élevage de vaches […] Plus que tout ce que j’ai dessiné, cette œuvre est un exemple vivant de la véritable puissance et du potentiel du manga. »
Un appel à la diversité pour éviter la stagnation créative
Pour empêcher la stagnation créative de l’industrie du manga, Boichi insiste sur la nécessité d’accueillir des créateurs aux parcours et expériences variés, qu’ils soient professionnels ou non. « Des récits sur de grands philosophes, des figures religieuses ou des militants sociaux ; et même des œuvres inspirées d’expériences personnelles, comme des calculs rénaux […] Si vous voulez vraiment que le manga existe dans votre pays, ne visez pas Shonen Jump — visez la diversité dans le manga. »




